Des morceaux choisis de ma vie: récits de voyage, coup de cœur de lectures, textes personnels, le tout dans plusieurs langues. Relatos de viajes, racconti, riassunti, impresiones sobre mis lecturas, etc ... Je reprends mon blog après plusieurs années d'inactivité. J'ai pas mal évolué depuis (par exemple, j'ai complètement cessé l'alcool dont je fais très largement l'apologie dans mes textes de l'époque et je ne suis plus de gauche) ... mais l'évolution fait partie de la vie, alors peut-être le poursuivrai-je en lui donnant une nouvelle orientation?
J'ai 70 € en poche et je suis tellement heureuse que je vais remercier la dame du guichet que j'ai dérangée tout à l'heure. J'ai 70 € en poche et je ressens un énorme soulagement auquel s'ajoute un énorme sentiment de liberté, celui d'avoir tout, après n'avoir eu plus rien.
J'étais une miraculée: il était à peine 16h, j'avais la vie devant moi et 70 € en poche. Du coup je me rends compte que mes déambulations bancaires m'ont fait visiter Dinant à l'insu de mon plein gré. Je peux donc la prendre sans problème, cette Chimay.
Je rentre dans un bar, un bar un peu glauque, l'endroit où on ne boit pas de la Chimay par plaisir, dans un beau verre; mais de la Maes au goulot pour oublier. Je rentre, tout le monde, surtout les filles (en fait, il n'y a presque que des filles) me regarde comme si je surgissais du néant ou d'une autre planète. Je fais comme tout le monde, je commande une Maes, mais à la pression moi. Ces gens, c'est la misère du monde, cela se lit sur leur visage. Il est 16h00 et à la combientième bière en sont-ils? Ce bar, c'est un tableau de Brueghel, le genre de bar que je fréquentais avant, un endroit où je me sentais bien, mais avant.
Je suis surprise par le fait que les gens fument mais la serveuse m'explique que la loi, pour l'instant, ne s'applique qu'aux restaurants. "Il faut lutter" ajoutai-je.
"C'est dur de lutter" fut sa réponse.
Deux types sont sur le point de se battre, parce que l'un évoque à l'autre son ancienne histoire d'amour avec une fille, présente dans le bar, qui a présent est avec un autre type type, qui lui-aussi est là. Justement l'ancien copain de la fille qui est avec l'autre type, est à présent marié, visiblement sa copine, enfin, une fille qui passait par là, est tombée enceinte lorsqu'il est sorti de prison, et voilà comment va la vie. La fille est là, toute mignonne, toute timide, elle boit du jus d'orange et ne cadre pas avec le tableau; elle me regarde et je sens dans ses yeux un appel au secours. Son mari la prend par le bras et lui dit d'un ton très violent de monter chercher son portefeuille, parce qu'il veut inviter ses amis. Pendant qu'elle n'est pas là, son mari rigole à son sujet avec "ses potes", je n'entends pas ce qu'il dit, mais ... pauvre fille. Pendant ce temps, les deux types continuent à se hurler dessus, mais je crois qu'ils ont changé de sujet.
Je ne sais pas pourquoi j'ai bu trois bières dans ce bar, j'aurais pu aller prendre ma Chimay directement. Pourquoi ai-je bu trois bières dans ce bar? Peut-être pour signifier à ces gens: "je suis comme vous, je vous comprends, je viens du même milieu que vous. Mais maintenant, c'est fini, je suis sortie du trou et ne souhaite en aucun cas y retomber." Alors, je suis partie.
C'est face à ce paysage que j'ai bu ma Chimay et mangé mes tagliatelles que j'ai payées avec ma réserve d'argent de 2500 €.
Je crois que j'étais heureuse. Je retournai au camping, payai mon dû, je pris même une bière, et m'assit là. Le monsieur faisait réviser le néerlandais à sa petite fille. Une vie de famille banale, telle que je n'en ai jamais connue. En partant, je me retournai et vis dans la salle à côté un chandelier à 7 branches. J'en fus touchée et me dis que dans la vie, il n'y avait jamais de hasard. Je mis du temps à m'endormir, puis finalement, je succombai, les trains et la Meuse accompagnaient dans leur course mon sommeil.
De retour vers le camping